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Séminaire ERYTAGE du 18-12-2018

  • Date de publication
    2019

Le contexte de changement global combinant multiplicité des enjeux sociétaux, intérêts divergents des parties prenantes, accroissement des incertitudes et risques, pose la question de la conciliation par les agriculteurs de la durabilité et des performances économiques des activités agricoles. Ces éléments obligent à revisiter la lecture traditionnelle de la performance économique dans les travaux de recherche et développement mais aussi les activités de conseils en agriculture pour prendre en compte la multi-dimensionnalité de ces défis.

 

Le RMT ERYTAGE a organisé le 18 décembre 2018 à Paris un séminaire d'échanges méthodologiques et de partages d'expériences qui a réuni 90 participants sur l'évaluation économique des systèmes et des territoires agricoles pour répondre à ces questionnements. Retrouvez ci-dessous le résumé et la présentation en format vidéo des différentes interventions de la journée.

NB : ayant rencontré des soucis de captation audio au cours du séminaire, la qualité du son est hétérogène entre les vidéos. Veuillez nous excuser pour ces désagréments

Comité d’organisation : C. Bockstaller - INRA (UMR LAE), E. Emonet - ACTA, LM. Ramony - AgroTransfert RT / IDELE, F. Zahm, Irstea (unité ETBX)

 


 

Introduction

Le RMT ERYTAGE et l’évaluation de la durabilité (C.Bockstaller – INRA)  

La prise de conscience autour des impacts environnementaux liés à l’agriculture puis des enjeux de la durabilité en général dans ce secteur, a entraîné depuis les années 90 à un foisonnement de propositions d’indicateurs et de méthodes d’évaluation. Cette « explosion » a suscité des besoins à la fois d’éclaircissement sur l’offre en méthode/outils, sur des questions méthodologiques mais aussi opérationnelles, et de coordination entre différents acteurs travaillant sur la conception jusqu’à la mise en œuvre. Le RMT Erytage (Evaluation de la duRabilité des sYstèmes et Territoires AGricolEs) est né à la suite de plusieurs initiatives précurseuses : le collectif PLAGE (2007-2013) qui a fortement contribué à la naissance du RMT, les groupes de travail sur l’évaluation multicritères créés par les GIS Grandes Cultures à Haute Performances Economiques et Environnementales et Elevages Demain, la plateforme MEANS de l’INRA.

Labellisé en 2015 pour 5 ans, le RMT Erytage regroupe une trentaine de partenaires, avec un noyau dur d’une dizaine. Il est structuré en 4 axes complémentaires :

Axe 1. Apports méthodologiques en vue d’améliorer les méthodes d’évaluation.

Axe 2. Qualification des outils et méthode d’évaluation.

Axe 3. Partage d’expériences et expertise collective en appui aux réseaux, aux porteurs d’enjeux et politiques publiques.

Axe 4. Centre de ressources dédié à l’évaluation de la durabilité.

Parmi les réalisations du RMT, on peut citer :

  • la tenue de réunions sur des questions méthodologiques avec rédaction d’un document (p. ex. sur le changement d’échelle), encadrement de stages,
  • le référencement d’une dizaine d’outils pour l’aide au choix du site internet,
  • l’interaction avec différents collectifs ou projets (autre RMT, projets Casdar, etc.) ayant engagé des travaux autour de l’évaluation multicritère (ex : conception de méthode, partage d’expérience, conduite de démarche dévaluation…),
  • l’amélioration du site internet développé par le collectif PLAGE avec une présentation des méthodes et outils référencés et une aide aux choix.

La fin de la période de labellisation étant prévue en 2019, les partenaires du RMT se sont engagés dans une réflexion pour poursuivre les travaux dans le cadre d’un nouvel appel à projet pour les RMT.

 

Approche de l’évaluation économique dans les outils, méthodes et démarches d’évaluation de la durabilité (E. Emonet – ACTA     LM. Ramony – AGRT-RT/IDELE)

Une diversité de méthodes et d’outils d’évaluation de la durabilité des systèmes agricoles est à la disposition des conseillers, des agriculteurs et des chercheurs. Afin d’orienter ces utilisateurs dans leur démarche, le RMT ERYTAGE, dans le prolongement du collectif PLAGE, a référencé outils et méthodes sur son site internet. Pour chaque outil ou méthode référencé, l’équipe du RMT rédige une fiche de caractérisation et les concepteurs, une fiche de présentation, toutes deux mises en ligne sur le site du RMT. Les critères de caractérisation proposés par le RMT alimentent une aide au choix en ligne pour accompagner les usagers dans la sélection du ou des outils pertinents pour leur démarche d’évaluation. Initialement plus centrée sur l’évaluation agro-environnementale, l’aide au choix ne compte qu’une petite dizaine d’outils qui intègrent le volet économique dans leur approche, parmi la trentaine d’outils référencés.

Une analyse de quelques-uns de ces outils, complétée par la lecture de publications sur l’évaluation économique de l’exploitation agricole, révèle l’utilisation d’une grande diversité d’indicateurs économiques (110 pour 14 publications). Parmi les 28 critères distincts déclarés par les auteurs, seuls 5 sont cités plus d’une fois : rentabilité, endettement et sensibilité aux aides (3 fois), viabilité et autonomie économique (2 fois). Les auteurs ne s’accordent pas sur les indicateurs de mesure d’un même critère ; tandis qu’un seul indicateur est utilisé tout à tour pour mesurer des critères différents. A défaut de pouvoir dégager un consensus sur le calcul et l’interprétation des indicateurs, cette première approche des méthodes d’évaluation économique de l’exploitation agricole nous invite à plus de transparence sur les choix théoriques.

Sur le terrain, on observe également une grande diversité de méthodes d’évaluation. Doit-on le déplorer et tenter de faire converger les choix méthodologiques ? Toute démarche d’évaluation suppose de se poser au départ un ensemble de questions pour choisir critères et indicateurs : qu’évalue-t-on ? Pourquoi ? Pour qui ? … On choisit ou on construit donc des outils et méthodes adaptés à notre contexte, et il est probablement vain d’imaginer une approche ‘universelle’.

Ensuite, d’autres questions méthodologiques plus générales émergent souvent : faut-il agréger les indicateurs et, si oui, avec quel système de pondération ou compensation ? Là encore, difficile d’imposer une seule approche.

Les points de consensus sont : i) que des systèmes agricoles durables combinent de bonnes performances économiques et sur les autres volets de durabilité ; ii) que l’évaluation de la performance économique doit s’appuyer sur plusieurs critères et indicateurs. Il apparait crucial de choisir la méthode qui correspond au mieux à ses besoins, en connaissant ses atouts et limites et en étant transparent.

Par ce séminaire, le RMT souhaite donner à voir l’existant et partager les expériences, afin de limiter les redondances et de rechercher les complémentarités entre nos travaux.

 

 


 

Session 1 : De l’exploitation agricole au territoire : comment évaluer l’impact économique des systèmes agricoles ?

 

Estimation des effets économiques des exploitations agricoles sur les économies territoriales : synthèse des méthodes et des résultats disponibles (D. Vollet IRSTEA)

Du point de vue des mécanismes du développement régional, depuis l’accroissement de la spécialisation des régions agricoles et des exploitations après 1945, l’agriculture était surtout considérée comme un secteur moteur ou basique du développement (puisque la quasi-totalité de la production est vendue à l’extérieur de la région pour répondre à une demande externe). Avec le développement des circuits courts et des systèmes alimentaires territorialisés, une part croissante de la production agricole correspond à des revenus induits satisfaisant une demande locale de produits de qualité et plus durables.

Face à ces évolutions, quels sont les outils de l’économie régionale disponibles pour estimer la totalité des effets économiques des exploitations agricoles ? Trois grands types de modèles sont mobilisables : modèles keynésiens stricto sensu, matrices de comptabilité sociale et modèles de la base économique. Quel que soit le modèle retenu dans sa version classique ou « standard », la croissance régionale est d’autant plus forte que d’une part la demande externe en produits agricoles est forte et d’autre part, que les effets d’entraînement ou multiplicateurs sont puissants. Or, plusieurs évolutions impliquant la dimension durable de la production agricole interrogent ces modèles. Une part croissante de la production agricole correspond à des produits spécifiques misant sur le caractère local, respectueux de l’environnement, voire des normes sociales. De ce fait, il devient important d’insérer d’autres cadres théoriques comme celui des ressources territoriales pour bien comprendre les phénomènes à l’œuvre. Il peut être ainsi proposé des modèles de la base économique revisités intégrant les spécificités de systèmes agricoles durables. Des facteurs d’offre (comme la part de consommation locale de produits spécifiques permettant la conception de nouveaux produits ou services destinés ensuite aux marchés extérieurs) sont alors ajoutés à la conceptualisation, lui permettant ainsi d’en accroître la pertinence pour mieux comprendre les enjeux de durabilité.

 Les résultats d’une synthèse bibliographique montrent que les effets de l’agriculture restent faibles au niveau local sauf dans le cas du secteur laitier. Les effets multiplicateurs sont très différenciés selon les secteurs et les territoires (variant de 1,2 pour l’élevage bovin au Royaume-Uni et en France à 2 pour l’élevage équin en Suède). Au final, l’intégration de la dimension durabilité dans l’estimation des effets économiques des exploitations agricoles implique de revisiter pour partie les modèles habituels centrés sur le rôle de la demande en prenant en compte certains facteurs d’offre.

 

Evaluation économique de projet de développement : de l’impact sur le revenu agricole aux effets sur l’économie nationale (Nadège Garambois – AgroParistech)

Depuis les années 1950, le développement agricole en France a été marqué par la spécialisation des exploitations, la concentration de la production dans un nombre toujours plus restreint d’exploitations de plus en plus grandes et l’accroissement de la production par actif. Dans les régions du Grand Ouest qui se sont spécialisées en élevage bovin laitier, celle-ci a reposé sur l’agrandissement de la superficie des exploitations et de la taille des troupeaux, mais aussi sur l’accroissement de la production par hectare, permis par le recours croissant aux consommations intermédiaires et par l’évolution des systèmes fourragers vers une utilisation grandissante du maïs fourrage et une réduction de la place des prairies et du pâturage. En rupture avec ce développement, certains éleveurs ont mis en place dans l’Ouest français des systèmes bovins laitiers qualifiés d’herbager économe car majoritairement basés sur l’utilisation des prairies. Motivés par la volonté d’accroître l’autonomie et la durabilité de leur exploitation, ces éleveurs ont modifié en profondeur leurs systèmes en développant les prairies temporaires (association graminées-légumineuses) et la place du pâturage dans l’alimentation. A l’aide de méthode d’évaluation financière de projet et en s’appuyant sur l’exemple de l’élevage laitier du Bocage vendéen, les travaux présentés montrent que ces deux logiques de fonctionnement très différentes, qui s’inscrivent pourtant ici dans les mêmes débouchés de lait conventionnel, se traduisent de résultats économiques particulièrement contrastés : chute du produit brut et de la valeur ajoutée nette à l’hectare pour les systèmes à plus haut rendement laitier reposant largement sur le maïs fourrage ; modération du produit brut et réduction drastique des consommations intermédiaires et de capital fixe permettant de mieux maintenir la richesse créée par hectare pour les systèmes herbagers économes. Il s’agit ainsi de deux logiques économiques totalement différentes : accroissement de la productivité physique du travail pour la première au prix d’un doublement de la surface par actif en 20 ans (1990-2009) mais chute de la valeur ajoutée par actif et revenu agricole maintenu grâce à des subventions croissantes ; accroissement de la productivité économique du travail pour les systèmes herbagers économes qui offrent un revenu agricole plus stable, bien moins dépendant des subventions, et contribuent à réduire les besoins d’agrandissement. En mobilisant des méthodes d’évaluation économique de projet (du point de vue de la collectivité dans son ensemble, c’est à dire en incluant les agents économiques amont et aval : fournisseurs, collecteurs, transformateurs…) et en étudiant ces changements à l’échelle d’un groupe d’éleveurs du Bocage vendéen durant vingt ans (1990-2009), l’analyse peut être élargie dans un second temps aux effets de ces changements sur l’économie nationale. Ici, le passage en système herbager économe a davantage contribué à l’accroissement du revenu national net, tout en maintenant 50% d’actifs agricoles en plus dans la région. Ces systèmes herbagers ont également permis de dégager davantage de revenu agricole au cours de ces vingt dernières années qu’il n’ont, par leur caractère plus autonome, réduit l’activité des salariés des filières amont et aval, contribuant au maintien d’un plus grand nombre d’emplois tous secteurs confondus. Afin d’appréhender la durabilité des systèmes de production et son évaluation, ces résultats invitent donc à s’inscrire dans une démarche comparative sur le temps long (diagnostic agraire) et à repenser les indicateurs de performance économique à considérer (richesse créée et emploi, plutôt que valeur de la production ; stabilité du revenu agricole face aux aléas des prix). Ils soulignent également l’intérêt d’une réflexion conduite à différentes échelles (exploitation agricole, mais aussi économie locale ou nationale) que permettent certaines méthodes d’évaluation de projet de développement.

 

 


 

Session 2 : Des choix méthodos déterminants préalables à l’évaluation

 

Des choix (indicateurs, unité, référence) fonction des objectifs de l’évaluation – Illustration à travers des cas d’études (V. Leveau – Arvalis)

[Résumé non disponible ]

 

Effets des prix dans le calcul des performances économiques des pratiques agricoles (A. Carpentier – INRA)

Analyser les performances économiques de pratiques agricoles suppose de choisir des prix des intrants et des productions. Il s’agit en effet de calculer des coûts de production par unité produite, des marges brutes par hectare, ou tout autre indicateur pertinent. Les prix des productions agricoles et de nombreux intrants étant variables, voire très variables, il est difficile, et même peu pertinent, de choisir « un » prix. Doit-on choisir un prix moyen, et si oui calculé sur quelle période ? Doit-on se projeter dans l’avenir et définir un prix probable, et si oui à quel horizon et à partir de quelle tendance ? Compte-tenu de ces remarques préliminaires, l’objectif de cette intervention est triple.

Tout d’abord, nous montrons que les comparaisons de performances économiques des pratiques agricoles sont très sensibles aux prix des produits et des intrants. Un pratique peut s’avérer être plus rentable qu’une autre dans un contexte de prix alors que le choix d’un autre contexte de prix peut inverser cette conclusion.

Ensuite, nous prenons acte de ce que les prix des productions sont difficilement prévisibles et discutons de la prise en compte de la volatilité de ces prix dans le calcul d’indicateurs de performances économiques de pratiques de production. Nous montrons alors qu’il n’existe pas d’indicateur « miracle », sauf à prêter aux agriculteurs des préférences spécifiques vis-à-vis des aléas de leur revenu.

De fait, les deux constats précédents plaident en faveur de calculs d’indicateurs de performances économiques sur des plages de prix relativement larges. Ils mettent également en avant le rôle des anticipations de prix des agriculteurs dans leurs décisions.

Enfin, nous discutons de l’utilisation des indicateurs de performances économiques. Nous considérons cette utilisation pour l’analyse de politiques agri-environnementales d’une part, et pour la recherche agronomique d’autre part.

Notre propos est illustré à partir de calculs réalisés sur deux exemples simples : la comparaison d’ITK « bas niveaux d’intrants » et « conventionnels » pour le blé tendre d’une part, et l’introduction d’un pois protéagineux dans une rotation conventionnelle.

 

Analyse de la robustesse économique d’un système – Illustration (réseau Syppre – autre cas) (V. Leveau – Arvalis)

[Résumé non disponible]

 

 


 

Session 3 : Analyse économique de l’exploitation agricole, quels critères pour aller vers la durabilité ?

 

Indicateurs utilisés pour l’évaluation économique des exploitations du réseau INOSYS-r éseaux d’élevage (V. Bellet – Idèle)

Historiquement, on peut considérer que le premier objectif des agriculteurs a longtemps été la constitution d’un capital, d’une épargne de précaution pour se prémunir des coups durs, dans un contexte antérieur à la mutualisation de la gestion des risques. Puis la revendication d’une parité de revenu avec les autres catégories socio-professionnelles est montée en puissance (cf. les conditions d’accès à la Dotation Jeune Agriculteur). Le recours croissant aux intrants et aux capitaux lié à l’intensification de l’agriculture a posé la question de l’efficience des exploitations, de leur rentabilité, pour leur pérennité mais aussi leur transmissibilité. La mondialisation des échanges a mis en avant la compétitivité des exploitations comme condition de leur pérennité. Plus récemment, la volatilité des prix liée à la dérégulation des marchés et la multiplication des aléas climatiques ont mis en avant la question de la résilience. Les critères analysés dans le dispositif INOSYS-Réseaux d’Elevage portent avant tout sur le revenu, l’efficience et la compétitivité, même si la résilience et la capitalisation ont été abordées dans des travaux récents. Cette analyse se fait avec deux approches complémentaires. L’approche globale permet d’apprécier les performances du système, par rapport aux objectifs de l’exploitant, mais elle ne facilite pas les comparaisons entre exploitations, notamment en systèmes mixte, en fonction de l’équilibre entre ateliers. L’approche analytique permet de comparer les différents ateliers d’une exploitation mais aussi et surtout des ateliers de même type entre différentes exploitations. Mais elle soulève différentes questions, notamment le contour de chaque atelier, l’allocation des produits et charges communs et la prise en compte des interactions entre ateliers.

L’Excédent Brut d’Exploitation (EBE), rapporté par exemple à la main-d’œuvre des exploitants ou à la surface utilisée, permet d’apprécier la performance globale d’un système, indépendamment de son financement, de l’ancienneté de l’outil de production. Le ratio EBE/Produit mesure l’efficacité technico-économique, et le ratio EBE/Capital apprécie la rentabilité, le retour sur investissement et la reprenabilité. Les limites de l’EBE sont liées à la prise en compte des aides dans le  produit, mais aussi à l’impact du statut de la main-d’œuvre et du mode de propriété des terres. D’où les notions d’EBE hors main-d’œuvre, voire hors foncier, et l’intérêt de la Valeur ajoutée… souvent négative en production allaitante ! Le passage de l’EBE au revenu se fait classiquement avec les deux approches comptable (résultat courant) et trésorerie (revenu disponible).

Dans l’approche analytique, l’analyse du coût de production est venue compléter celle de la marge brute, pour apprécier la « compétitivité prix », en complément de la différenciation par la qualité. L’approche proposée par l’Institut de l’Elevage dans le cadre du dispositif INOSYS-Réseaux d’Elevage intègre non seulement les charges courantes et les amortissements, mais aussi des charges « supplétives », correspondant à la rémunération des facteurs de production que l’exploitant met à la disposition de son entreprise. Un jeu de coefficients a été établi par traitement statistique pour l’affectation (par défaut) des charges de structure et supplétives aux différents ateliers. Le prix de revient est comparable au prix de vente. Il s’obtient en déduisant du coût de production les aides et produits joints (viande du lait, etc.). L’autre critère phare de l’approche coût de production est la rémunération permise (exprimée nombre de SMIC/UMO), obtenue en déduisant du produit de l’atelier (aides comprises) les charges hors rémunération du travail de l’exploitant. L’approche du coût de production permet d’apprécier la rentabilité de l’atelier à court terme (le produit couvre les charges courantes et d’honorer les factures), à moyen terme (il couvre les amortissements, ce qui permet de renouveler l’outil de production) et à long terme (il couvre les charges supplétives, ce qui favorise le renouvellement des générations).

 

 

Observer la Valeur Ajoutée sous tous les angles (P. Boullet – CerFrance)

L’évaluation économique à l’échelle de l’exploitation a été développée au cours des cinquante dernières années dans le but de diffuser des pratiques nouvelles : l’usage des intrants et l’investissement dans la mécanisation. La démarche analytique pour l’évaluation de la pertinence des premiers et l’appréhension de l’excédent brut d’exploitation pour l’observation de la capacité à financer la seconde, se sont donc imposées alors.

La pédagogie nouvelle pour diffuser l’ambition de durabilité appelle à poser un regard économique différent sur les systèmes de production : une approche avant tout globale et qui réintègre la préoccupation du travail dans l’analyse.

Pour cela nous proposons d’observer la valeur ajoutée sous tous ses angles : rapportée au produit brut elle renseigne sur la recherche de valorisation ou la quête d’autonomie ;  rapportée à la main d’œuvre elle manifeste l’efficience du travail comme la vivabilité du système ; rapportée à la surface exploitée elle traduit un potentiel pédoclimatique et une intensité économique sur le terroir. Notre expérience montre que ce triple regard sur la valeur ajoutée, porté en même temps sur les trois dimensions, révèle les systèmes d’exploitation mis en place, les cohérences (voulues ou parfois subies). L’exposé présente ainsi les options identifiées de cette manière, au sein d’une population d’élevages laitiers en agriculture biologique.

Forte de ces indicateurs, une démarche de conseil va conduire l’exploitant à expliciter son système et ses déterminants, à confronter ses choix à d’autres options possibles. Elle interroge sur les voies d’amélioration pour que la cohérence recherchée conduise à l’atteinte des objectifs personnels.

Enfin la valeur ajoutée prise globalement et complétée par les aides publiques, est la ressource financière disponible qu’il s’agit de répartir entre travail et investissement. Elle place l’alternative à égalité de considération au moment de faire des arbitrages, à la différence du raisonnement à partir de l’EBE. L’attendu implicite que la finalité du développement serait de limiter le recours au travail n’est ainsi plus de mise. La stratégie de la réduction des coûts par industrialisation est une voie, celle de la création de valeur additionnelle également

 

Un élargissement des critères d’évaluation de la performance économique pour rendre en compte de la performance économique globale des exploitations agricoles. Cadre théorique et application avec la méthode IDEA  4  (F. Zahm – IRSTEA)

Les agriculteurs sont aujourd’hui confrontés à un accroissement des risques et incertitudes compte tenu des changements globaux affectant leurs activités : multiplicité d’enjeux sociétaux parfois contradictoires, intérêts divergents des différentes parties prenantes, changement climatique, dérégulation de la PAC, restrictions d’usages sur certains pesticides et transmission/reprise de leurs exploitations. Dans ce contexte d’une transition vers de nouveaux modèles de développement agricole en cours de construction, l’évaluation économique mais aussi le pilotage stratégique des exploitations agricoles implique de revisiter la lecture traditionnelle de la performance économique pour prendre en compte la multi-dimensionnalité de ces défis. La présente communication propose un modèle élargi d’évaluation de la performance économique des exploitations agricoles à l’aune des critères de la durabilité de l’agriculture. Le modèle proposé rend compte de la performance économique globale d’une exploitation agricole définie comme son degré d’atteinte ou niveau de durabilité économique. La construction de ce modèle a mobilisé deux types de travaux. D’une part, il s’appuie sur les résultats d’une large analyse de la littérature sur l’évaluation de la performance économique en agriculture (ses approches, ses courants disciplinaires, ses différentes méthodes d’évaluation associées, ses référentiels de performance). D’autre part, au plan théorique, il est directement issu du cadre conceptuel d’évaluation de la durabilité en agriculture développés dans les travaux sur la nouvelle version quatre de la méthode Indicateurs de Durabilité des Exploitations Agricoles (IDEA version 4). Ce nouveau cadre conceptuel combine une double approche évaluative de la durabilité en agriculture basée sur douze objectifs assignés à une agriculture durable et cinq propriétés des systèmes agricoles durables. Il est à la base des choix théoriques des onze indicateurs économiques constitutifs du modèle présenté correspondant à la grille évaluative de la dimension économique de la méthode IDEA version 4. Au plan instrumental, ce modèle d’évaluation de la performance économique globale est une combinaison hiérarchisée de onze indicateurs structurés en quatre composantes (viabilité économique et financière, indépendance, transmissibilité et efficience globale). Il attribue, pour une exploitation agricole, un score de durabilité économique ou note de performance économique globale sur une échelle de 0 à 100 unités de durabilité. L’application de ce modèle de performance économique globale, illustrée à partir de trois études de cas, montre qu’il est susceptible d’analyser la performance économique globale pour différents usages à trois échelles différentes : (i) l’exploitation agricole dans une perspective d’un conseil individuel, (ii) en dynamique de groupe pour identifier les marges de progrès, différences entre exploitations ayant les mêmes pratiques agroécologiques et enfin (iii) pour caractériser la performance économique globale des grandes orientations technico-économiques de la Ferme France en calculant huit des onze indicateurs sur des données du Réseau d’Information Comptable Agricole.

 

 


 

Session 4 : De l’évaluation à l’accompagnement au changement : un autre regard

 

Accompagner l’approche systémique du changement : vers le management stratégique pour l’amélioration continue de la performance globale de l’entreprise agricole  (P. Jeanneaux – VetAgro Sup)

Le conseil et ses outils d’aide à la décision en agriculture sont généralement basés sur la réalisation de diagnostics fondés sur la construction de références et de normes à suivre. Face à la complexité des situations dans laquelle les agriculteurs doivent piloter l’entreprise agricole, l’approche systémique du changement pourrait être un nouveau cadre d’analyse pertinent pour aider les agriculteurs à adapter en continue leur système de production en monde incertain et en accélération. Sa mise en œuvre opérationnelle s’appuie sur la démarche de management stratégique pour l’amélioration continue de la performance globale. La performance globale correspond à l’idée que pour évoluer, l’organisation et ses parties prenantes identifient et réalisent des interactions qui produisent des gains pour elles-mêmes, pour l’environnement et pour  la société à court et long terme. Le principe de base est que société humaine et environnement naturel co-évoluent en interaction mutuelle.

Le système de production est piloté, finalisé, adaptatif et responsable et s’appuie sur des indicateurs de viabilité du système et de contribution du système à la performance des autres systèmes.

Pour caractériser les relations système-environnement, nous nous inspirons du cadre d’analyse de Bossel (1999) qui postule que les systèmes durables répondent nécessairement à certaines conditions, déterminées par les relations existant entre le système et son environnement. Un ensemble de six « attributs » caractérise les divers types de relations d’un système à son environnement : l’existence, l’efficience, la sécurité, l’adaptabilité, la liberté d’action et la co-existence. Chacun de ces attributs est unique, non substituable et applicable à tout type  d’environnement et de système. La compatibilité d’un système à son environnement, par analyse des adéquations entre propriétés de l’environnement et attributs du système, assure à ce dernier de contribuer au développement durable avec le souci d’inscrire le système dans un contexte local raisonné, adaptatif et non normatif

Pour opérationnaliser la gestion stratégique de l’exploitation agricole, favoriser la transition vers des exploitations viables et en mesure de contribuer au développement durable de leur territoire, et aider les acteurs à modifier leurs pratiques professionnelles et à changer de posture, nous proposons un itinéraire méthodologique. Structuré en trois étapes, il vise à organiser la réflexion autour de la stratégie, puis à la formaliser pour ensuite aider à la piloter. Cet itinéraire a été construit dans le cadre du programme de recherche action PerfEA. S’appuyant sur une posture de co-construction avec les parties prenantes de la stratégie, la mise en œuvre de l’itinéraire méthodologique nécessite la présence d’un accompagnateur.

La démarche pose les jalons d’un management stratégique à initier dans les rapports entre agricultures et société, forçant à sortir des sentiers de dépendance pour renouveler les manières d’agir. Il donne aussi un nouveau cadre pédagogique pour les agriculteurs, les conseillers agricoles, les enseignants et les étudiants, en les amenant à formaliser le pilotage stratégique des activités de l’exploitation dans de nouvelles formes de collaborations et d’accompagnement.

 

L’évaluation dans l’accompagnement du changement au sein de collectifs d’agriculteurs : le jeu sérieux DYNAMIX (M. Moraine - INRA)

L’intégration culture-élevage à l’échelle du territoire, qui consiste à élaborer des complémentarités entre exploitations spécialisées, est de plus en plus reconnue comme une alternative prometteuse à la simplification des pratiques, des assolements et des territoires.

Pour améliorer la qualité des sols et diversifier les rotations culturales, les échanges céréaliers-éleveurs ouvrent des perspectives nouvelles sur deux volets : i) la valorisation de la matière organique produite chez les éleveurs ; ii) l’alimentation animale permettant une valorisation par les animaux de produits et co-produits variés (drèches, méteils, intercultures fourragères ou céréales immatures). Les bénéfices associés à cette intégration reposent fortement sur l’organisation spatio-temporelle des interactions entre cultures, prairies et animaux. La mise en place d’échanges entre exploitations spécialisées en grandes cultures ou en élevage nécessite de concevoir des modes de gestion individuels et collectifs adaptés au sein de collectifs d’agriculteurs locaux, et de gérer des compromis entre performances individuelles et collectives.

Un jeu sérieux nommé Dynamix (Dynamiques des systèmes mixtes) a été construit pour appuyer la conception d’échanges céréaliers – éleveurs. Cet outil vise à i) concevoir des scénarios d’échanges grâce à un support cartographique et des objets intermédiaires ; ii) évaluer ces scénarios par un bilan offre-demande de chaque produit échangé à l’échelle individuelle et à l’échelle du collectif. Enfin, une évaluation multicritère a permis de considérer les compromis à considérer entre ces deux niveaux.

Parmi les quatre scénarios proposés, le scénario technique retenu combinait des échanges de fumier à une diversification des rotations des céréaliers par l’introduction de luzerne et de méteils en interculture pour l’alimentation des animaux. Ce scénario permettait d’améliorer les performances économiques et environnementales des exploitations, bien que la complexité logistique soit pointée.

L’outil d’évaluation s’avère utile pour l’accompagnement de projets d’échanges céréaliers – éleveurs, mais la mise en œuvre de tels projets doit impliquer, au-delà des agriculteurs concernés, différents acteurs économiques et politiques des territoires. En perspectives, le jeu Dynamix peut aussi être enrichi et renforcé par des modules d’évaluation correspondant aux enjeux des utilisateurs.

 

 

 

Conclusion

 

Bilan du séminaire – Perspectives (S. Ingrand – INRA – Président du RMT)

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